Un petit tour au Népal

Au départ de Darjeeling, la route était longue pour rejoindre Kathmandu mais mon planning ne me permettait pas de faire des escales le long de la route. Deux jours de routes s’annonçaient donc. Il me fallait dans un premier temps, prendre une des jeep qui m’avait fait monter jusqu’à Darjeeling mais cette fois pour redescendre dans la vallée, jusqu’à Siliguri. Ensuite, sauter dans un des bus bondé dont l’Inde est championne, pour presque deux heures de trajet. Après cela, je devais traverser la frontière, à pieds cette fois, et notamment réveiller de leur sieste, en pleine après-midi, les trois douaniers népalais pour qu’ils me délivrent un visa.

Me voilà au Népal. Je n’avais alors plus qu’à attendre, de l’autre côté du poste frontière, que le bus pour Kathmandu parte, à 4h du matin. Après une courte nuit et un réveil pour le moins difficile, j’embarquais donc pour 15h (théoriques) de bus sur les routes sinueuses et chaotiques du Népal.

Ma première surprise ici fut la traversée du Teraï. Ma vision du Népal ne se résumait avant cela qu’à des montagnes et des crêtes enneigées. Mais le Teraï est une immense plaine, à basse altitude, bordant la frontière indienne, où les maisons en bois, les routes ocres, les bananiers, les palmiers et les champs de blé me rappelèrent Cambodge et Laos.

Je n’aurai pas le temps de m’y arrêter et le bus filera alors sur les routes de montagnes montant jusqu’à la capitale népalaise. Là encore, il fallait avoir le cœur bien accroché. Et comme souvent dans ces pays d’Asie, le chauffeur se prendra pour Sébastien Loeb. S’il avait pu tirer quelques freins à mains dans certaines épingles, je pense qu’il l’aurait fait.  Et dans ces moments là, vous ne vous demandez pas si le bus arrivera à l’heure, mais seulement s’il arrivera !

Finalement, et avec soulagement, oui. Mais ce n’est pas le cas pour tout le monde puisqu’il n’a pas été rare en chemin de croiser bus ou camions couchés sur le flanc ou totalement emboutis. D’autres, suspendus et en équilibre sur un pont ou un ravin avec deux roues dans le vide, ou même n’apercevoir que les traces d’un supposé véhicule ayant dévalé les pentes abruptes de la montagnes…

A Kathmandu, je ferai le tour des curiosités architecturales et religieuses de la ville mais aussi du quartier Thamel. Ce quartier, est à lui seul une curiosité. Centre névralgique de la ville, il est saturé de rickshaw, de vendeurs (et de guides de montagnes) à la sauvette, d’enfants ou adultes mendiants, de voitures, de taxis, de touristes, de restaurants, de cafés, d’agences de trekking mais surtout de magasins proposant uniquement des contre-façons dont le gouvernement n’a, encore une fois, l’air d’avoir cure. Toutes les grandes marques sont présentes mais ne chercher pas un original, vous ne trouverez pas !

Avant de continuer ma route au Népal, j’ai célébré avec les népalais le Holi. Cette fête religieuse hindoue est célébrée tous les ans. Chacun lance, à tout ceux qui ont le courage de se promener dans les rues, eau et pigments de couleurs. Dans la fraîcheur du printemps, on finit donc la journée trempé et de toutes les couleurs -rouge, jaune, bleu, vert, rose, orange- en souhaitant à chaque personne croisée un “Happy Holi” et en lui barbouillant le visage de pigments. Extra !

Après cela, je partirai à la découverte du Népal dont je rêvais : les montagnes de la chaîne Himalayienne. Trop vaste pour aller partout, je me concentrerai sur la région des Annapurnas, l’une des deux principale région montagneuse népalaise avec celle de l’Everest. Je partirai donc, avec mon guide Dinesh, un jeune étudiant de 22 ans qui sèchera ses cours pour se faire un peu d’argent, pour 14 jours d’excursions, dont 12 de marches au milieu de sommets qui culminent à plus de six, sept ou huit milles mètres. Pour ma part, je m’arrêterai à 5416m d’altitude, en traversant Thorong La Pass, le plus haut col et point culminant du tour des Annapurnas. Ce passage sera pour moi un nouveau “record”, après l’ascension du Mt Blanc et ses 4810m, il y a déjà presque dix ans ! Mais pour en arriver là, il m’a fallu déjà marcher plusieurs jours.

Je manquais de temps pour faire la boucle complète à pieds, le tour des Annapurnas se faisant normalement en 17 ou 18 jours. Nous avions donc décidé avec Dinesh d’allonger les premières étapes et de prendre une jeep, en fin de parcours, pour boucler la boucle.

En partant à quelques 820m d’altitude, il nous a alors fallu crapahuter pendant plusieurs jours jusqu’au sommet.

Les paysages de verdures et de champs en terrasses ont vite laissé place à des paysages plus arides, rocailleux et abruptes. Dès les premiers jours, nous ne croisions plus aucun véhicule motorisé mais seulement des caravanes de mulets, transportant ce qui était nécessaire au réapprovisionnement et à la vie des villages d’altitudes.  Nous croisions également des porteurs, chargés eux aussi comme des mules, supportant leur charge à la force de leurs épaules et de leur front. Et sur ces mêmes chemins, les bergers emmenaient vers d’autres pâturage leurs troupeaux de chèvres et de moutons. Dans les champs, les bœufs tiraient la charrue, les meules de foins attendaient d’être servies aux bétails et les chevaux cherchaient désespérément un peu d’herbe fraîche .

Chaque jour en fin de journée, nous nous arrêtions dans l’une des nombreuses lodges, genre de petit hôtel-refuge, que nous trouvions un peu partout sur notre route. Et pour se remettre d’aplomb après une longue journée de marche, il n’y avait rien de meilleur qu’un dal bhat, le plat emblématique népalais composé principalement d’une soupe de lentilles (dal) accompagné de riz blanc (bhat), de quelques légumes et de pain.

La saison démarrait seulement et la foule n’était pas encore au rendez-vous. Tant mieux. Cela nous permettait de discuter plus facilement avec nos logeurs, de partager avec eux des moments inoubliables, de manger avec eux dans la cuisine, autour du feu de la cuisinière. Nous jouions également au dombal, un jeu de carte népalais, ou aux échecs, à la lumière du feu ou à la lueur d’une bougie. Parfois, à celle d’une ampoule si le réseau d’électricité fonctionnait ou si le groupe électrogène était lancé. Ici pas de télévision, pas d’ordinateur, pas d’internet. On respire l’air pure et fraîches des montagnes. On se retrouve à la veillée autour d’un feu, dans la cuisine, où l’on joue et on discute. Retour aux sources !

Ensuite, on monte, on monte. Mille, deux mille, trois mille mètres. Les moulins à prière tournent à notre passage et les sommets enneigés se rapprochent chaque jour. Pour autant, la neige n’est pas abondante, même jusqu’au sommet. Les paysages sont de plus époustouflants et je me dis alors à chaque pas que l’homme aura beau imaginer et construire tous les monuments aussi grandioses et majestueux qu’il voudra, il n’égalera jamais le spectacle que peut nous offrir la nature.

On monte toujours. A Manang, à plus de 3500m d’altitude, nous sommes censés nous arrêter pour une journée d’acclimatation. Mais, je me sens bien, merci. Nous continuons donc, sans nous arrêter. A chaque respiration, chaque pas, nous en prenons plein les mirettes. A chaque seconde, j’ai envie de m’arrêter pour prendre une autre photo. La même que celle que je viens de prendre il y a deux secondes… La météo est également au rendez-vous. Le ciel est parfaitement dégagé et d’un bleu pur. Seul en fin de journée, les nuages font leur apparition, et parfois même quelques flocons tombent du ciel comme à Yak Karka. Pas de quoi recouvrir le sol. Nous nous lèverons donc de bonheur le lendemain, comme tous les matins, pour continuer notre ascension.

Après huit jours, nous arriverons à Thorang Phedi, lieu de notre dernière nuit avant de passer le col. Nous sommes à 4450 mètres d’altitude. Je ne ressens aucun effet de l’altitude et j’en suis très étonné. Pour la première fois depuis notre départ, j’aurai juste un peu de mal à trouver le sommeil. Juste avant d’aller se coucher, nous avions manger et jouer aux cartes, à la lueur d’une bougie, avec Marjolaine, une doubiste rencontrée ici et habitant à quelques vingt kilomètres de mon village natal (le monde est petit !), Sophie, de Chambery, qui finissait une mission humanitaire de six mois au Népal et trois australiens.

Le lendemain, le réveil sonnera à 3h45 du matin et nous partirons à 4h30. Déjà quelques lampes frontales se balladent dans la nuit froide et éclairent le chemin que nous allons emprunter. Le ciel est clair, comme toujours, et la lune et les étoiles illuminent les montagnes. Encore un instant magique.

On monte, on monte. A peine passé les 4800m, je célèbre déjà avec Dinesh ce nouveau record personnel. Mais la route est encore longue jusqu’au sommet. Nous passons le camp de base, à 4850m, où certain choisissent de passer la nuit avant la dernière montée. Le jour se lève bientôt et notre ascension continue. La neige se fait de plus en plus présente sous nos pieds mais elle est loin de gêner notre progression. Nous nous arrêtons parfois pour profiter du paysage et prendre quelques photos mais le froid nous pousse à repartir rapidement. Ma bouteille d’eau n’est plus qu’un gros glaçon. Elle a gelé au cours de l’ascension. Pas grave. On monte, on monte.

Tout va pour le mieux. J’avais souvenir que l’ascension du Mt Blanc était plus éprouvante malgré une altitude bien inférieure. Mais ici, pas besoin de crampons, de piolet, de cordée, de guêtres, de casque et mon sac à dos et bien plus léger. Il n’y a pas non plus Laurence, notre guide de l’époque, pour gueuler tout au long du trajet le fameux : “Ta gueule ! Respire !”.

Il est huit heure moins le quart. Le soleil est bel est bien là depuis une bonne heure maintenant. Les montagnes nous entourent et juste devant nous les drapeaux de prières garnissent la pierre annonçant les 5416m de Thorong La Pass ! Nous y sommes ! On savoure ! On rigole ! On crie ! On hurle ! On se tait ! On contemple ! On respire ! On vit ! Merde, c’est bon d’être là !

Nous voudrions rester encore un peu mais il faut déjà penser à redescendre. Notre prochaine étape sera Muktinath, à 3800m d’altitude. 1600 mètres de déniveler négatif nous attendent pour les prochaines heures. Nos genoux dégustent d’avance…  Heureusement, la vue sur le mustang et ses montagnes arides, aux couleurs incroyables, font de la descente un véritable bonheur.

La fin d’après-midi sera très tranquille. Il faut maintenant récupérer car nous avons encore plusieurs jours de marche (et de Jeep) devant nous. Une nuit ici et nous embarquerons le lendemain matin, en Jeep, pour Tatopani (qui signifie “eaux chaudes” en népalais). Après une journée sur les chemins pierreux du Népal, secoués de tous les côtés, à profiter des paysages sur Annapurna I et les sommets environnants, nous prendrons nos quartiers dans nos chambres. Juste le temps de se poser  quelques minutes et nous partirons déjà, avec Cindy et David, un couple de new-yorkais rencontrés sur les sentiers entre Manang et Thorang Phedi, profiter des sources d’eaux chaudes. Rien de mieux pour se détendre après toutes ces journées de marche, et les massages proposés par le masseur local, sont d’après Cindy, une merveille !

Le lendemain, je mettrai même mon réveil une heure avant l’heure prévue pour profiter une dernière fois avant de partir des bassins d’eaux chaudes naturelles !

Cette journée se prolongera sur les sentiers montants à Ghorepani, entourés de rhododendrons en fleur. Magnifique !

Il nous restera alors plus qu’une journée de marche pour redescendre à Tadapani d’où nous prendrons un bus pour Pokhara. Mais avant cela, nous ne manquerons pas le lever de soleil à Poon Hill, où les gelées matinales et les sommets enneigés  de la chaîne des Annupurnas offriront, à nouveau, un spectacle à couper le souffle !

A Pokhara, je laisserai repartir Dinesh et prolongerai mon épopée d’une journée. J’en profiterai alors pour monter, à travers la jungle népalaise et entouré de petites bêtes pas toujours très rassurantes (singes, serpent, etc.), jusqu’au World Peace Stupa, un stupa (édifice bouddhiste), offrant la meilleure vue sur le lac et les montagnes qui l’entourent.

Il sera alors temps de repartir en bus jusqu’à Kathmandu. Une journée supplémentaire dans la capitale népalaise et mon périple asiatique prendra alors fin. Je m’envolerai cette fois pour l’Océanie. Direction l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

PS : si vous prévoyez un petit trek au Népal, je connais un très bon guide qui se fera le plaisir de vous faire découvrir le Népal (et économiser quelques roupies en vous évitant de payer les frais d’agences) !


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4 Responses to “Un petit tour au Népal”


  • Comment from Tonton Roland

    Salut Math !
    J’ai relevé un petit labsus révélateur “Nous nous lèverons donc de bonheur le lendemain, comme tous les matins…” Je suis heureux, Mathieu que ce soit pour toi un bonheur que de te lever de bonne heure !
    Merci de nous faire vivre tes émotions avec autant de réalisme et de lyrisme! J’ai versé une larme à Thorong La Pass, peut être en pensant à un autre marcheur qui était avec toi au Mont Blanc…
    Merci pour ce que tu fais, à bientôt et … bon voyage
    RoMi

  • Comment from Mat

    Effectivement, ce lapsus en dit long sur mon passage au Népal car c’est vrai, je m’y levais de bonne heure mais toujours avec bonheur !!!

  • Comment from Thierry Vernier

    Belle leçon de vie donnée par un gamin…
    Bravo Mathieu !
    Les gens qui t’entourent à Saint Georges et ailleurs, peuvent être fiers de ce qu’ils ont fait de toi. Et même si la séparation momentanée peut être difficile, tu vas leur rendre au centuple en ayant pris ta vie en main comme tu l’a fais.
    Et merci pour nous, les spectateurs.
    Ton expérience fait rêver, démontre qu’avec de la volonté tout est possible, et m’apportera désormais régulièrement une bouffée d’oxygène quand j’en éprouverais le besoin,
    car cette fois, ton blog est dans mes (vrais) favoris.

    Merci

  • Comment from lili

    Que rajouter à ce que vient d’écrire ce Mr que je connais pas mais que je souhaite cité : “Mr vernier Thierry”. Tu nous donnes cette bouffée d’oxigène que nous avons tant besoin, et grace a toi nous nous surprenons à rever des ces coins si magnifiques que tu nous fait découvrir a travers tes récits photos et vidéos. Continue bien ce long voyage et sache que tu nous manques bcp bcp et bcp…..
    Gros bisous de Pierre et moi.
    A tres vite!
    Marie


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