L’Inde

L’inde. On m’en avait beaucoup parlé avant que j’y arrive. On m’avait plusieurs fois prévenu qu’on n’en revenait souvent pas intact mais plutôt changé voire déboussolé. On adore ou on déteste mais beaucoup disent qu’il n’y a pas d’entre deux. Au départ de Bangkok, j’avais donc hâte d’arriver à Mumbai (anciennement Bombay) et d’aller voir ce qu’avait de si particulier ce pays ! Je m’y étais un peu préparé pendant les mois précédents et j’avais très envie d’enfin découvrir ce “nouveau monde”.

Après avoir passé quelques jours à déambuler dans les rues de Mumbai et fait la connaissance de Jean, un français finissant son tour du Monde, ainsi que Marie et Sylvère, qui commençaient eux leur voyage entre Asie et Océanie, j’ai pris la direction du Nord. Deux très courtes escales à Vadodara et Ahmedabad m’ont ensuite amené à m’arrêter plus longuement à Udaipur. Le décor de la ville, son palais blanc se reflétant féériquement sur les eaux du lac et son fort ne laissent forcément pas indifférent. Pushkar, toujours plus au Nord, aurait dû me réserver le même genre de surprise. Mais le lac asséché depuis de longs mois, n’a forcément pas le même charme. Malgré tout, cette ville reste une ville de babas, tous plus zen les uns que les autres. La recette : cheveux longs (et sales), barbe, tunique colorée, pieds nus et surtout pipe à haschich…

Ma route se poursuivra ensuite à Jodhpur, où l’imposant fort Meherangarh surplombe la ville de plus de cent mètres, posé sur une colline. De là, la vue sur la ville bleue est imprenable. Et encore, la magie s’opère. Je ne manquerai pas non plus de m’attarder un peu sur le marché, lieu de prédilection pour s’imprégner de la vie locale, installé ici à proximité de la Tour de l’Horloge. C’est ici d’ailleurs que je goûterai le meilleur lassi (boisson traditionnelle indienne à base de yaourt) de tout mon voyage, crémeux à souhait et que je dégusterai à la petite cuillère. Un vrai régal !

Viendra ensuite Jaisalmer. Perdue au milieu du désert de Thar et située à quelques cent kilomètres du Pakistan, la ville au “château de sable” et ses 99 bastions est le théâtre d’une grande foire aux chameaux annuelle. Malheureusement pour moi, le festival sera écourté (pour cause de décès d’une personne du gouvernement) et l’annulation du festival le jour de mon arrivée me privera d’assister à cette grande fête. Pas de foire au chameau donc mais j’aurai l’occasion de faire une sortie dans le désert… à dos de chameau ! Pendant deux jours, je découvrirai la vie des chameliers, des petits villages locaux, dormirai à la belle étoile sur une dune de sable et… choperai ma première tourista par la même occasion. Et une tourista dans le désert, c’est la merde !!!

Je repartirai ensuite un peu patraque pour Bikaner, ma dernière étape du Rajasthan, avec un train de nuit. Arrivée là-bas, comme souvent jusqu’ici en Inde, je visiterai fort et temples que compte la ville, sans oublier de déambuler au hasard des rues pour découvrir toujours plus la vie locale.

Après trois semaines en Inde, j’arrivais à Dehli. J’avais alors besoin de souffler un peu. L’inde, comme on me l’avait dit, est bien un pays à part. Et si sa beauté est indéniable, comprendre (et supporter) les indiens est bien moins évident. En effet, en se promenant en Inde, le voyageur est sollicité en permanence ce qui devient à longue épuisant. L’arrivée de Sandra, une amie que je connais depuis mes études bisontines, tombera à pic. Même si je serai le Jean-Claude Dusse de la guest house pendant trois jours à attendre une copine qui ne devrait pas tarder par arriver (Sandra a loupé son avion au départ de Paris. Elle arrivera donc deux jours plus tard à destination), voyager à deux en Inde est quand même plus sympa et facile à encaisser.

Après son arrivée, nous passerons donc deux journées à Delhi à visiter entre autre le surprenant Qutab Minar (un complexe d’architecture musulmane), le Fort Rouge, les nombreux bazars et l’imposante mosquée Jama Masjid.

Il sera alors temps de partir avec un train de nuit en direction de Jaipur. Là, nous irons nous balader du côté du City Palace et passerons un peu de notre temps à Jantar Mantar, un immense observatoire astronomique fondé par Jai Singh II, un puissant  maharaja du XVIIIe siècle. Nous ferons également une halte au Hawa Mahal, le plus célèbre monument de la ville. Jaipur sera également pour nous l’occasion de s’installer dans l’un des sièges de la salle du Raj Mandir. Ce cinéma, qualifié par certain comme possédant l’une des plus belle salles de cinéma au Monde, projetait alors le carton indien du moment (qui est devenu depuis le film qui a fait les plus grosses recettes de tout les temps dans l’histoire du cinéma indien) : “3 idiots”, mêlant humour, comédie sentimental, drame, road movie, chanson, chorégraphie et j’en passe. Un bon bollywood en somme !

Depuis Jaipur, nous irons ensuite visiter le fort d’Ajmer, à quelques kilomètres de là, et assisterons à notre deuxième tournage de film/clip en quelques jours, après celui du chanteur Ganesh et ça dégaine si… inqualifiable !

Notre prendrons alors à nouveau un train de nuit. Cette fois pour Agra. Cette étape était, parmi quelques autres, l’une des étapes que j’attendais le plus dans mon voyage. C’est en effet ici que trône le Taj Mahal, ce majestueux palais de marbre blanc. Nous nous lèverons donc aux aurores pour apprécier le levé de soleil sur ce site mythique. Comme tous les jours, le soleil s’est levé… mais ce jour là, le brouillard lui à fait une grasse matinée ! Il était si épais que nous apercevions à peine l’édifice. Et nous nous demandions alors si nous étions venu voir le Taj Mahal, la Tour Eiffel ou le Macchu Pichu ! Pas de chance. Après avoir espéré pendant de longues heures que le soleil perce, nous sommes finalement repartis sans avoir contemplé ce lieu mythique comme nous l’espérions. Nous nous rattraperons cependant plus tard en profitant de la terrasse d’hôtels offrant un bon panorama sur le palais (dégagé cette fois), à siroter quelques (litres de) chai, le thé traditionnel indien.

Mais avant de visiter le Taj Mahal, nous avions filé la vieille à Fatehpur Sikri, ville née de l’ambition de l’empereur Moghol Akbar, qui voulait en faire la capitale de son empire. Après la visite des différents sites, Sandra décida de dépenser quelques roupies dans un sari, la tenue traditionnelle des femmes indiennes. Et c’est alors devant une bonne vingtaine d’indiens, les yeux écarquillés, qu’elle essaya sa nouvelle tenue, dans un magasin ouvert sur la rue. Une vraie star !

Après cette étape à Agra et ses alentours, nous ferons une rapide halte à Gwalior où nous visiterons principalement le fort et les sculptures dans la roche des Tirthankaras, les 24 maîtres de la religion Jaïn.

Nous continuerons ensuite notre route en direction d’Orchha. Cette ville, très charmante et paisible, est un peu un havre de paix comparée à l’agitation des autres villes indiennes. Nous en profiterons donc pour souffler un peu et visiterons tranquillement palace, temple et cénotaphes (monuments érigés à la mémoire d’une personne mais qui n’en contient pas le corps) construits pour les rajas de la ville.

Nous aurions voulu rester ici un peu plus longtemps et profiter du calme de la ville mais notre planning nous obligera à repartir à Khajuraho, célèbre pour ses temples aux sculptures érotiques. Répartis en trois zones, la ville compte aujourd’hui 22 temples mais en compta jusqu’à 85 à l’apogée du royaume Jijhotî entre le IXe et le Xe  siècle, royaume puissant, imaginatif et sans tabou !

Notre dernière étape à deux se terminera à Varanasi, anciennement appelée Bénarès. Ici, un peu comme dans le film Sixième Sens, on voit des morts ! Mais contrairement au film, ce n’est pas de la fiction. Varanasi  est en effet l’une des villes les plus sacrées de l’Inde. Posée sur la rive gauche du Gange, face au soleil levant, les nombreux ghâts colorés de la ville sont le lieu de nombreuses processions religieuses, dont la crémation des corps défunts. Ainsi, en déambulant dans les rues de la ville, il n’est pas rare de croiser un cortège, chantant des louanges et portant un cadavre sur un brancard vers Harishchandra Ghât, l’un des deux lieux de crémation. La ville baigne donc dans une ambiance très étrange,  à la fois mystique et spirituelle. Les premières heures passées ici sont un peu déstabilisantes mais on finit avec le temps par en ressentir “l’énergie” qui s’en dégage et par appréhender de mieux en mieux cette ville sacrée. Même si parfois l’apprentissage s’est fait au prix de quelques roupies. Notamment lorsque Sandra pris une photo des crémations, sacrilèges suprême qui capture l’âme du défunts montant aux cieux. Il nous faudra choisir entre nous délaisser de quelques milliers de roupies pour acheter un stère de bois pour les familles des défunts sans moyens, ou finir au poste et risquer (apparemment) de la prison ! Malheureusement, s’il n’y a qu’une seule chose qu’on ne peut pas négocier en Inde, c’est bien le prix du bois à Varanasi. Nous paierons donc la somme demandée et irons nous faire laver de notre pêché auprès d’une femme qui nous apposera les mains sur le front. Mascarade ou réel croyance, tout ça restera un peu douteux (surtout lorsqu’on me proposera quelques jours plus tard de prendre “légalement” une photo des crémations moyennant cinq cent roupies…) ?

Après ces quelques péripéties, Sandra prendra un avion pour la France tandis que je resterai ici encore deux jours à apprécier de plus en plus l’ambiance (quelques peu morbide) de cette ville.

Je prendrai ensuite un train pour Siliguri, escale obligatoire pour monter à Darjeeling, ma dernière étape indienne. Et si mon train quitta Varanasi avec presque cinq heures de retard, il arriva à destination après vingt heures de trajet et un cumul de onze heures de retard. C’est dans ces moments là qu’on aime la SNCF ! Arrivé en milieu de nuit à Siliguri, qui ne devait être qu’une étape de quelques minutes, je devrai attendre le petit matin pour pouvoir repartir et dormirai finalement par terre dans la gare, au milieu d’une bonne cinquantaine d’indiens. Après cette courte nuit, je repartirai donc le lendemain matin à bord d’une jeep qui fait la liaison sur les routes montagneuses et chaotiques qui montent à Darjeeling.

Mais ces longues heures de trajets en valaient vraiment la peine. Après avoir traversé les champs de théiers qui font la renommé de la ville, j’arrivais finalement à destination. Et même si la vue sur la chaîne himalayenne était bouchée par les nuages, l’ambiance de cette ville me faisait penser à un village de montagne. J’avais alors l’impression d’être déjà un peu au Népal, prochaine étape de mon voyage. Et le fait de pouvoir marcher tranquillement dans les rues sans se faire alpaguer par tous les indiens confortait mon idée. Et c’est alors ici que prenait fin mon aventure en Inde.

Et après un peu plus de (ou devrais-je dire seulement) cinq semaines en Inde du Nord, je ne sais pas si j’ai changé mais en tout cas la surprise ne s’est pas faite là où je l’attendais. Je pensais que le plus dur serait de voir l’état de pauvreté, le manque d’hygiène dans lequel certains se trouvent. Mais mon passage en Asie du Sud-Est m’avait préalablement immunisé je crois. Malgré tout, j’ai un peu de mal à exprimer mon ressentit sur ce pays. Ce qui est difficile, c’est qu’on peut passer par tous les états en seulement quelques minutes : de la joie à la colère, de l’euphorie à l’écœurement, du désir au dégoût. C’est un peu comme lorsque vous vous promenez dans les rues indiennes. Vous pouvez vous en prendre plein les narines avec des odeurs savoureuses d’épices ou d’encens, et quelques mètres plus loin, avoir des nausées tellement ça pue l’urine et les poubelles… Assez désemparant donc. Et c’est en cela que (pour moi) l’Inde est vraiment un pays à part.

Ce qui a été le plus dur je crois, c’est cette sollicitation permanente et insistante des indiens, qui ne vous considèrent pour la plupart que comme un porte feuille ambulant. Ils essaient alors de vous vendre tout et n’importe quoi, n’importe où et à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Et si les premiers jours vous refusez avec le sourire, au bout de quelques semaines, le « non » devient plus… agressif ! En Inde, on a aussi tendance à devenir un peu parano. Difficile de faire confiance au moindre indien car vous savez qu’il est capable de vous envoyer à l’opposé de ce que vous chercher. Tout ça uniquement pour vous faire passer devant le magasin ou l’hôtel d’untel qui lui donnera une commission si vous achetez quelques choses ou prenez une chambre. Dur dur. Les premiers jours, j’avais même parfois l’impression de n’avoir jamais voyagé avant d’arriver ici. Ça faisait pourtant sept mois que j’étais sur les routes !

Malgré cela, l’Inde reste une expérience formidable, et plus le temps passe, plus j’ai envie d’y retourner, parce que ce pays à quelque chose de magique, qu’il est impossible d’expliquer…


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2 Responses to “L’Inde”


  • Comment from Grippa Jean-François et Marie-Jeanne

    Très heureux d’avoir de tes nouvelles Matt et de découvrir l’Inde à travers ta vidéo et tes commentaires .Sûr que ce pays semble “magique” …
    Un bravo tout particulier pour la musique de la vidéo que je trouve extra !
    Belles découvertes au Chili et autres pays d’Amérique du Sud!
    Pour nous, plus modestement , c’est vers l’Andalousie que nous nous envolons samedi.
    Bises .
    MJ

  • Comment from marjolaine

    “Malgré cela, l’Inde reste une expérience formidable, et plus le temps passe, plus j’ai envie d’y retourner, parce que ce pays à quelque chose de magique, qu’il est impossible d’expliquer…”
    c’est bien ca !!!
    C’est marrant, j’ai fait tout pareil mais en sens inverse… arrivee par le sikkim, descendue au sud je remonte maintenant au ladakh apres m etre arretee a orchha et avoir ce matin vu le taj mahal en meme temps que le soleil (et oui, on a pas tous la meme chance !) et FAthepur sikkri.
    Et pour ce qu il est du harcelement indien tu as au moins l avantage de ne pas etre une fillotte !
    Et continue bien a faire voyager la franche comte!


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