La réalité roumaine

RoumanieAprès la vie paisible à Budapest, j’ai pris la direction de la Roumanie. Je m’attendais à ce que ce pays marqué par les années Ceausescu soit assez différent de ce que j’avais vu jusqu’à là, mais peut-être pas à ce point.

Un bus m’amènera dans un premier temps à Cluj-Napoca, première étape de ma virée Roumaine.  Mais, première différence, le bus n’est pas un grand bus cinquante places auquel je suis maintenant habitué. C’est un mini-bus, d’une quinzaine de places, avec une remorque derrière pour y loger les bagages. Je me retrouverai accompagné d’une petite dizaine de mamies, d’un couple d’une cinquantaine d’année et du chauffeur.

Ce voyage sera l’occasion de vraiment entrevoir ce qu’est la vie roumaine. Dès avoir franchie la frontière, via le premier vrai poste frontière que je vois en Europe depuis mon départ, j’ai l’impression de faire un bon de 30 ou 40 ans en arrière. Tout d’abord, la première chose vue en arrivant en Roumanie sera une immense usine qui me paraîtra à première vue complétement désinfectée. Nous la longeons avec le bus sur peut-être un kilomètre. Le site était vraiment immense et mal entretenu. Les carreaux étaient pour la plupart cassés. Les murs étaient totalement délabrés. Les mauvaises herbes avaient pris leur quartier. Les énormes tubes métalliques qui suivaient les bâtiments étaient tous rouillés. Et personne ne semblait faire vivre cette usine. Pourtant les cheminées crachaient toujours je ne sais quelle vapeur ou fumée.

Ensuite, dans les rues de cette même ville, et comme un peu partout en Roumanie d’ailleurs, nous croiserons énormément de Dacia, dont le modèle phare semble toujours être la sœur jumelle de notre bonne vieille Renault R12 nationale (et familiale). Il y a également pas mal de Logan.

Mais la principale surprise  surviendra plus tard, en traversant les campagnes roumaines. Nous sommes en pleine période de fenaison mais ici, pas de tracteurs, pas de machines. Seulement des chevaux pour tirer les charrettes pleine de foin, que les paysans avaient auparavant regrouper en meule dans les champs. Wahoou, le décalage est surprenant ! Mais nous sommes bien en 2009. Et en Europe !

Avec le mini-bus, nous n’emprunterons pas d’autoroute, et je ne saurai donc dire s’il y en à en Roumanie. Mais les routes que nous prendrons sont assez comparables à nos routes nationales. Elles ont l’air relativement récentes malgré qu’il n’y ait que très peu de double voies pour doubler. Et l’entrée dans les Carpates ne facilite en rien les dépassements. Par contre, on se croirait un jour de départ en vacances. Je ne sais pas si c’est tous les jours comme ça, mais les routes sont saturées. Pas grave, notre chauffeur à confiance en son Mercedes Sprinter et n’hésite pas à déboiter même si parfois il faut se rabattre un peu rapidement…

J’arriverai à Cluj-Napoca après 10 heures de routes mais ne trouverai pas le temps long en parcourant la campagne roumaine.

La ville de Cluj ressemble un peu plus à ce que j’ai l’habitude de voir.  J’y rencontrerai Julien, un breton, qui est en stage ici pour 3 mois. Il est arrivé il y a une dizaine de jours et connaît déjà pas mal la ville. Nous irons donc faire une petite ballade nocturne sur les hauteurs de la ville avant d’aller écumer quelques bières en terrasses. Les journées suivantes, j’irai voir les deux cathédrales, l’une catholique, l’autre orthodoxe, et explorer les ruelles et autres curiosités de la ville. Je repartirai ensuite pour Brasov, après deux nuits à Cluj.

Ce trajet sera également une vraie aventure. En train, cette fois, pour (seulement) 330 km et six heures de voyage qui se transformeront finalement en huit ! Toujours les mêmes surprises au niveau du paysage. Charrettes et meules de foin rythmeront le voyage, avec en fond, vue sur les Carpates et le Danube. La chaleur est également là. Dans les compartiments du train, on se croirait un peu dans les saunas bulgares, mais dans une atmosphère moins saine et hygiénique… Je passerai une grande partie du trajet la tête par la fenêtre, pour profiter de la vue et me rafraîchir un peu. Ces huit heures de voyages auraient pu paraître affreuses et extrêmement longues, mais encore une fois, je n’ai pas vu le temps passé !

Dans Brasov, les parasols des terrasses affichent tous le même slogan : “Brasov, probably the best city in the world”. Pourquoi pas ? Cette petite cité médiéval, au porte des stations de ski roumaines, est marquée par des fortifications toujours présentes mais également par son signe BRASOV, écrit en lettre capitale blanche et perchée sur les hauteurs de la ville, à la manière du panneau Hollywood. Il faut un peu plus d’une heure pour grimper là-haut et ça sera pour moi l’occasion d’aller faire un peu de rando. Ça fait du bien de sortir un peu des villes et de profiter de la fraîcheur de la forêt !

A une vingtaine de minutes de Brasov se trouve également Bran, connu pour son château où Vlad III L’Empaleur (pas mal comme surnom !), à inspiré la célèbre légende de Dracula. J’irai le visité, ainsi que les ruines du château de Rajnov, pas très loin, avec deux très jolies hollandaises rencontrées le matin même à l’arrêt de bus. Sur le trajet du retour pour Brasov, nous serons accompagnés dans le bus d’une demi-douzaine de faucheurs,  la faulx à la main, qui rentreront de leur journée de travail. Nous rencontrerons aussi un homme assez âgé. Il tient vraiment à faire un petit brin de causette avec nous et n’a pas l’air de saisir que nous ne comprenons rien à ce qu’il dit. Il cause, il cause, sans cesse, et nous nous rigolons parce que nous essayons tant bien que mal de comprendre ce qu’il essaie de nous dire. Mais nos interprétations divergent. Il sera ensuite temps de partir pour la capitale roumaine.

Bucarest sera ma dernière étape en Roumanie, et pas des moindres. Encore une fois le trajet a été épique. En arrivant à la gare de Brasov, je suis allé acheter mon billet, pensant que le prochain train pour Bucarest partirait d’ici une demi-heure. Mais non, je prendrai le train d’avant. Celui qui était censé partir il y a déjà plus de vingt minutes. J’achèterai donc un billet à très précisément 16h24 pour un train qui était censé partir à 16h03. Pas mal ! Le retard s’accumulera tout au long du trajet, et  j’arriverai avec deux heures de retard. J’arriverai à passé 21h. Pas de soucis en soit sauf  que le service de bus est réduit à partir de 20h30 et qu’il n’y a plus de bus à partir de 23H30. J’attendrai plus d’une heure le bus 85 qui est censé m’amener vers l’auberge mais il n’arrivera jamais. Je n’ai pas de carte de la ville avec moi et le Lonely Planet déconseille totalement de prendre un taxi à la sortie de la gare. Ce sont apparemment des arnaques ambulantes qui vous demandent jusqu’à 100€ pour une course de dix minutes. Je déciderai alors de sauter dans le bus 105, le bus qui passe le plus souvent et où la majorité des gens montent. Je me dis qu’il doit bien se diriger vers le centre ville et qu’il me rapprochera un peu de mon hostel. J’essaie d’avoir confirmation en demandant à un jeune roumain qui ne parle pas très bien anglais mais qui me confirme quand même que oui. Au fur et à mesure des arrêts, le bus ce vide et je ne vois pas ce qui pourrait être le centre-ville. Il n’y a que des grandes barres d’immeubles partout. Il est maintenant 22h30 passé et le service de bus s’arrête d’ici une petite heure. Je décide donc de descendre du bus et d’aller demander dans une supérette encore ouverte. Forcément, la caissière ne parle pas un brin de français ou d’anglais. Elle est cependant très sympa et demande aux clients présent si certains parlent anglais. C’est le cas. On finit donc par m’expliquer quel bus je dois prendre pour arriver à l’auberge.

Mais l’aventure ne s’arrête pas là. A l’arrêt de bus, un dame d’une cinquante d’année débarque et, comme le vieux à Brasov, veut taper la discute. Je crois comprendre qu’elle part en vacances pour Constanta, sur la côte. J’essaie de mon côté de lui faire comprendre que j’arrive de Brasov et que j’essaie comme je peux de me rendre à mon hostel, rue Régina Elisabetha. Le temps passe, et aucun bus n’arrive. Je lui dis alors “Taxi ?” et elle me fait signe que non. Trop cher. Elle me dit de la suivre, et nous partons en marchant. Elle parle toujours. Là je me dis qu’il y a deux options. Soit les roumains sont super sympas et elle essaie de m’amener là où je dois me rendre. Soit elle a rien compris et elle ne sait pas vraiment où elle va. Nous marcherons alors vingt bonnes minutes et là, très fière d’elle, elle me désigne avec un grand sourire droit devant… la gare ! Presque trois heures que je suis Bucarest et je me retrouve à mon point de départ. Je rigole tout seul. C’est assez épique. Je ne veux pas la suivre dans la gare, mais elle ne comprends pas pourquoi. Nous nous arrêtons au seul Kebab encore ouvert et heureusement, les vendeurs parlent (enfin !) anglais. La dame s’en va, un peu furieuse. Il est minuit et je n’ai pas d’autre choix maintenant que de prendre un taxi. Le vendeur du Kebab négocie pour moi. Ça me coutera au final à peine huit euros. Si j’avais su avant…

Arrivé à l’hostel, soulagé, je me présente et annonce que j’ai réservé une chambre. Lors de la réservation, j’avais marqué que j’arriverais vers 20h. Il est bientôt une heure du matin. Vu que je n’étais pas là à l’heure prévue, ils ont annulé ma chambre et l’on refourguée à quelques d’autre. L’hôtel est maintenant complet ! La galère continue. Le réceptionniste m’annonce cependant qu’ils ont un deuxième hostel, à un quart d’heure d’ici en taxi. Il y a encore de la place et ils prennent le taxi en charge. Enfin une bonne nouvelle. J’arriverai épuisé mais content d’avoir un lit, à une heure du matin passé. Quelle aventure !

Les jours suivants, je visiterai la ville mais la chaleur accablante fera que je passerai une bonne partie de mes journées au frais à l’auberge. Je profiterai cependant de la visite guidée (gratuite avec la carte étudiante !) du palais du parlement (ou palais du peuple). Ce bâtiment est le premier en Europe et deuxième au Monde par sa taille, après le Pentagone. Il représente a lui seul 400 000 m² habitable, rien que ça. La plus grande salle fait 20m par 20m de côté. Et l’ensemble de l’intérieur du palais est fait de marbre, de bois et d’or. Il a été commandé en 1984 par Ceauscecu qui souhaitait y regrouper la Présidence de la République, l’Assemblée Nationale, le Conseil des Ministres et le Tribunal Suprême. Mais le communiste roumain ne pourra jamais en profiter, puisque les travaux ne seront pas achevés avant la chute du communiste. Aujourd’hui ils ne sont toujours pas terminé. Seul 90% du palais a été réalisé.

Le reste de la ville n’est pas très jolie, mais très surprenante. On sent vraiment que les communistes sont passés par là. Je trouvais déjà que c’était marqué à Varsovie mais il n’y a rien de comparable avec ici.


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5 Responses to “La réalité roumaine”


  • Comment from Marie

    Je me repete surement mais il est vraiment agréable de te lire. On voit k tt se passe bien pr toi. A très bientôt pt routard!gros bisous a toi!la lili pense a toi!

  • Comment from Angelique

    Que de péripéties !!! Finalement ce « petit » tour d’Europe sera une belle préparation pour le grand saut de Septembre ! L’aventure ne fait que commencer ;)

  • Comment from Mat

    “j’arriverai épuisé mais COMPTANT d’avoir un lit, à une heure du matin passé.”
    Hmmmmmm c´est l´alcool qui te fait faire des fautes d´orthographe ou tu commences à perdre ton français ??!!

    En tout cas, quel bonheur pour nous de te lire encore et encore !
    Que de belles rencontres tu fais aussi ! On veut des photos de la petite dame et du monsieur du bus…et des hollandaises !!!!

    Allez courage et bon vent mon pote !

  • Comment from Lionel

    Mais la question qui brûle les lèvres de tout le monde: Est ce que tu as vu les Nouma Nouma Yeah? Je ne sais pas s’ils sont revenus à Bucarest ou s’ils continuent leur tournée dans le métro parisien.

  • Comment from Didier VALAT

    Bonjour Matthieu,
    Te souviens-tu de moi ? Nous avions discuté de ton futur périple à Eurogénétique à Epinal (le gars chauve de Réussir…!).
    Ton site est super,bravo !On a l’impression d’être planqué dans ton sac à dos et partager le voyage avec toi !
    Merci pour tous ces commentaires et ces belles photos !
    Vivement le tour du Monde !
    Bonne suite !
    Amicalement.
    Didier.


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